Retour au sommaire retour au sommaire

 

La quadrature du Cercle

 

Difficile, à gauche, de lutter en groupe contre l’antisémitisme sans être accusé d’être un lobby pro-israélien. Depuis un an et demi, le Cercle Léon Blum s’y attache pourtant. Avec une certaine réussite.

«Le Cercle Léon Blum est un club politique qui fait progresser la conscience républicaine. » C'est en ces termes que le président socialiste de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, définissait le 29 juin dernier le Cercle né un an auparavant sur l'initiative de quelques proches de Dominique Strauss-Kahn. Appréciation plutôt positive pour une association dont la création avait fait couler une encre un peu plus acerbe l'année précédente. En effet, quoi que les instances du Cercle affirment dans la charte constitutive de ce dernier, vouloir « combattre la résurgence d'un antisémitisme (…) de la gauche française », celui-ci a été immédiatement désigné comme un lobby pro-israélien auprès du Parti socialiste.

Le Cercle Léon Blum a été créé en mai 2003 à l'initiative de Laurent Azoulai, responsable socialiste dans le Val-de-Marne. « On était une bande de copains du PS et de la gauche en générale, investis dans des associations. On vivait notre engagement sans problème, jusqu'au peu de réactions du gouvernement aux actes d'antisémitisme qui ont suivi le début de la seconde Intifada, explique-t-il. Une partie de la gauche semblait basculer. Il fallait faire quelque chose. » Mais le Cercle, qui compte aujourd'hui 1 650 adhérents, a été très rapidement mis en accusation. L'hebdomadaire Politis parlait, dans son édition du 27 novembre 2003, des « desseins pour le moins ambigus » du Cercle. Son président, Laurent Azoulai, était essentiellement connu pour sa prise de position virulente contre Pascal Boniface, chercheur en géopolitique auteur d'une note à la direction du Parti socialiste, peu avant la présidentielle de 2002, qui prônait un « rééquilibrage » de la position du PS, considérée trop pro-israélienne. Et cela n'a semble-t-il fait que renforcer le sentiment d'une partie de la gauche qui ne voyait ni plus ni moins dans le Cercle qu'un lobby pro-israélien. Le président du Cercle Léon Blum qui avait diffusé une lettre au lendemain du 21 avril titrée « Le Pen doit remercier Pascal Boniface », dans laquelle il expliquait que la défaite de Lionel Jospin était en partie due à la fuite de l'électorat juif après la note du chercheur de l'IRIS.

Colloque « Antisémitisme : la gauche face à elle-même », le 23 novembre 2003.
De gauche à droite : F. Zimeray, J.C. Gayssot, A. Sinclair, J. Dray, A. Filippetti, G. Konopnicki.

Pour Laurent Azoulai, « il était capital d'instaurer un dialogue au sein de la gauche sur cet amalgame qui s'installait entre la question proche-orientale et les actes antisémites. » C'est donc dans l'année qui a suivi le 21 avril qu'il a contacté François Zimeray, alors député européen, pour lui proposer de fonder le Cercle. En mai 2003, l'association prenait forme, au Congrès du PS, à Dijon, s'étoffant de quelque 500 adhérents. « Nous avons monté un comité d'honneur, car il était fondamental de déjudaïsé notre démarche. Le fait que seuls des Juifs prennent en charge notre combat serait une défaite », estime Laurent Azoulai. Nombreuses sont les personnalités qui se sont alors retrouvées autour du Cercle : Dominique Strauss-Kahn et certains de ses proches comme Pierre Moscovici ou Jean-Christophe Cambadélis, mais aussi Bernard Kouchner ou Bertrand Delanoë pour citer quelques socialistes, Aurélie Filipetti, porte-parole des Verts à Paris, et même le réalisateur Serge Moati.

Pourtant, si la démarche peut paraître plus innocente qu'initialement décrite par certains, la question reste entière : à quoi sert le Cercle Léon Blum ? Après avoir organisé un premier Colloque le 23 novembre 2003 sur le thème « Antisémitisme : la gauche face à elle-même », qui a rassemblé 820 personnes, le Cercle organise le 13 mars prochain un second débat dont le thème devrait être « L'école de la République : lieu de transmission du savoir ou de transposition des haines ? » Nombre d'acteurs associatifs, de chefs d'établissements, d'anciens ministres de l'Education devraient participer à cet événement. Le Cercle Léon Blum s'organise également en régions - plusieurs antennes de l'association seraient en cours de création. Des rencontres sont aussi programmées avec d'autres associations et syndicats pour mesurer le travail qu'il serait possible d'abattre ensemble. Le Cercle s'organise donc. Pour lutter contre l'antisémitisme, essentiellement.

Céline Linder

Haut de page