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Union des étudiants juifs de France

Après la polémique

 

Les affiches de Jésus et Marie affublées du tag « Sale juif/ve » ne sont jamais sorties. Pourtant, rares sont les actions de l'UEJF qui ont eu autant de visibilité. Retour sur les raisons d'une campagne avortée.

Tout a été très vite. Après avoir consulté trois propositions d'agences de publicité, le Bureau national choisit les visuels que l'on connaît. La création d'Olivier Bensimon est impertinente, elle casse les symboles et surtout, « elle va choquer donc faire réfléchir », dit l'UEJF dans les premiers articles de presse annonçant la campagne, visuels à l'appui, le jeudi 21 octobre 2004.
Le lendemain, une déferlante de réactions noie le Bureau national dans la confusion. Le portable de Yonathan Arfi bat des records de fréquentation : Roger Cuckierman, Georges-Marc Benhamou, Jacques Tarnéro, BHL… « Que des Juifs !, sourit l'intéressé, et tous me conjurent de faire marche arrière, ils ont peur que ça blessent les chrétiens ». Les chrétiens justement, ne tardent pas à se manifester. Mgr Lustiger à son tour contacte le jeune président : « Il ne pouvait pas nous empêcher de sortir la campagne, confie Yonathan Arfi, mais ça n'allait pas appuyer son discours interne contre la montée l'intégrisme chrétien ». Un argument de poids alourdi par l'appel d'un conseillé culturel de l'Elysée qui venait de recevoir les cadres communautaires dans la matinée : « C'est lui qui m'a informé de l'ébullition causée par la campagne au sein de la communauté ». En attendant, la notoriété de la campagne « à venir » prend des proportions inespérées. Au cours du week-end, l'affiche de Jésus devient la photo la plus téléchargée sur Yahoo!, la CNN, la BBC et même le Chicago Tribune s'en font l'écho.

Dimanche soir, l'UEJF publie un communiqué annonçant que la campagne ne sera pas publiée. « On s'est rendu compte que cette campagne était irremplaçable, et qu'il était impossible de rebondir dessus», explique Yonathan Arfi. Il dit assumer pleinement ce repli et rebondit sur la notoriété de la campagne. Les affiches ont certainement été vues davantage que si elles avaient été publiées normalement.

Mais, avec le recul, il le concède : « Nous avons fait une grave erreur de communication. Il ne fallait pas faire ce travail de relation presse au préalable. C'est une bonne leçon pour l'avenir : communiquer sur le terrain des facs ou alors créer un effet surprise pour les médias. » Sur le fond en revanche pas de remise en question : « Non, évidemment nous ne voulions pas créer de polémique Juifs/Chrétiens. Pour nous, cela prouve qu'il subsiste un conflit de génération ! ». Que faut-il entendre ? Un fond de regret…

Benjamin Cohen

-- Retour à la source --

«Le numéro 1 date de janvier 1947, l'édito est signé Dely ! » Le message claque sur le répondeur, pas un mot, pas un souffle de plus. Aucun doute, la commission histoire de l'UEJF vient de retrouver le premier numéro de Kadimah, la revue de l'UEJF. Dely Teccuciano, le fondateur historique de l'Union, en signe l'édito.

Cette découverte dans les murs de la BNF à Paris vient compléter la collection presque complète des Kadimah de janvier 1947 à juin 1969. Une série de souvenirs, d'anecdotes, de signatures illustres, de réactions et d'interrogation s ponctue la lecture longue de près d'un millier de pages. Première page, premier numéro, premier article (Ce qu'est l'UEJF) : le lecteur y apprendra que « le 17 décembre 1944, 25 étudiants juifs se réunirent une première fois … ». C'est officiel, en 2004, l'UEJF fête bien ses 60 ans.
Tandis que les articles s'enchaînent, les idées s'affichent et les débats font rage, autour du partage de la Palestine, en mars 1947. La section de Paris réclame « la suppression du mandat anglais […] afin de permettre la création d'un Etat palestinien démocratique et indépendant ».

Sans complexe, l'UEJF attaque les institutions : « Discours, salutation, encouragement […] là se sont bornées les initiatives du Consistoire », et appelle à la solidarité du peuple juif pour financer ses actions « l'UEJF a comme but essentiel la formation des meilleurs serviteurs de notre peuple : notre peuple doit en retour aider sa jeunesse estudiantine. » Eté 1947, les passagers de l'Exodus sont accueillis et pris en charge par les étudiants de l'UEJF rassemblés pour leur camp d'été à Port-de-Bouc. Alors, on ressent le malaise, le sentiment prégnant qui s'insinue jusque dans les consciences de la situation de ces étudiants juifs, d'être les rescapés du feu de la tragédie dont les flammes brûlent encore.

Enfin, une lecture attentive nous donne la température des communautés juives de l'époque. Les sections d'Afrique du Nord : Alger, Tunis et Casablanca font jeu égal avec Paris, Lyon et Strasbourg. A l'aube de la création de l'Etat d'Israël, de la redéfinition du sionisme et des tensions en Algérie qu'adviendra-t-il de l'UEJF, comment va-t-elle traverser l'Histoire ? À suivre…

Mikaël Benfredj,
Secrétaire National de l’UEJF
mikael.benfredj@uejf.org

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