L’UNEF à Tel-Aviv
Du
16 au 20 octobre, l'UEJF a organisé un voyage
en Israël et en Cisjordanie avec les responsables
des organisations et syndicats étudiants UNEF,
UNI, FAGE, PDE et la Confédération étudiante.
De retour à Paris, Jean-Baptiste Prévost,
responsable de la commission « International » de
l'UNEF, membre
du Comité exécutif de l'ESIB (union des étudiants
européens), nous livre ses réflexions.

La délégation des étudiants
de France en Israël Palestine, à la fin
du voyage, au Consulat de France
à
Jérusalem, en compagnie du Consul Régis
Koetschet.
Pendant
quatre jours, la délégation étudiante
française a parcouru, souvent au pas de course,
Israël (Tel-Aviv et Jérusalem essentiellement)
et les territoires palestiniens occupés (Ramallah
et Bethléem). L'objectif en invitant les organisation étudiantes
françaises (et celui de celles-ci en acceptant
cette invitation) était simple, mais néanmoins
ambitieux : aller voir quelle est la réalité qui
se cache derrière les mots utilisés en
France. En effet, depuis la France, le conflit israélo-palestinien
apparaît de plus en plus comme un déchaînement
de violence aveugle, sans solution ni issue pacifique
possible. Dès lors, nous assistons en France et
dans le monde à des crispations communautaires
et religieuses qui nuisent à la clarté de
l'information et à la sérénité d'un
débat pourtant essentiel à la recherche
d'une solution juste et durable à un conflit qui
est avant tout politique. Les universités et les étudiants
français ne sont pas à l'abri de ces dérives,
alors même que leur situation privilégiée,
leur approche « éclairée »,
et le recul dont ils disposent concernant le conflit,
devraient leur permettre de s'impliquer dans ce débat
sur des bases sereines et dépassionnées.
Un tel voyage d'étude trouve donc tout son sens
dans le contexte actuel.
Suite
aux nombreuses visites (Jérusalem, mémorial
Yad Vashem, Ramallah, Kibboutz Ein Gehdi, etc) et aux
rencontres avec des personnalités représentant
les sociétés civiles israéliennes
et palestiniennes (Henri Cohen-Solal, Gilles Darmon,
organisations étudiantes israéliennes, étudiants
palestiniens, le ministre Kadoura Farès, et bien
d'autres…), nous avons découvert deux sociétés
complexes, au sein desquelles s'exercent de nombreuses
tensions (l'approche des problèmes socio-économiques
auxquels est confronté Israël fut à ce
titre particulièrement intéressante). Malgré les
apparences, nous avons été clairement confrontés à deux
sociétés fragiles dans leur représentation
de l'autre, deux sociétés où l'irrationnel,
le passionnel et la caricature sont au centre du débat
politique. Nous avons pu ainsi découvrir les éléments
qui constituent aujourd'hui un cocktail explosif, et
qui peuvent pour partie expliquer la situation de blocage
politique dans laquelle se trouve la région. Ce
voyage voulait explicitement « évacuer » (si
cela est possible, bien entendu) l'approche strictement
politique et militante de la question. Si cela s'explique
bien entendu par le fait que la délégation
regroupait des organisations aux positions très
différentes et souvent tranchées sur la
question, il serait illusoire de vouloir s'attaquer au
conflit israélo-palestinien sans s'intéresser
aux questions politiques (occupation, colonies, terrorisme,
Mur…) et territoriales.
Que
doit-on retirer d'un tel voyage ? Tout d'abord, le
fait que l'étudiant, en tant qu'intellectuel,
a un devoir, celui de faire « progresser la culture
et de dégager le sens de l'histoire » (Charte
de Grenoble, 1946). Ce texte, fondateur du syndicalisme étudiant,
trouve aujourd'hui tout sons sens quand il s'agit de
traiter du conflit israélo-palestinien. Les étudiants,
comme la communauté universitaire, ont toute leur
place dans les débats de société,
et ont même une responsabilité particulière.
Alors que le communautarisme, le repli identitaire, les
questions de racisme et d'antisémitisme occupent
aujourd'hui une place si importante dans le débat
public et se développent notamment en prenant
prétexte du conflit au Proche-Orient, il est de
notre responsabilité de contribuer d'une part à une
juste information sur la question proche-orientale, et
d'autre part de contribuer et d'encourager toute démarche
de dialogue entre les parties, démarche indispensable à toute
logique de paix. En tant qu'émetteur dans le milieu étudiant,
les organisations étudiantes françaises
doivent en être conscientes, et empêcher
toute importation de ce conflit politique dans les universités
en combattant son instrumentalisation. Le fait d'avoir
pu approcher la réalité des sociétés
israélienne et palestinienne, à l'occasion
de ce voyage, nous permet d'y contribuer.
Jean-Baptiste
Prévost
Responsable de la commission « International » de
l'UNEF et membre du Comité exécutif de
l'ESIB.