Villeurbanne
night fever

Qui encourager ? Villeurbanne ou Tel-Aviv
?
Suis-je
une Française juive ou une Juive française
? Pour mettre à l'épreuve ce dilemme, un
moyen efficace : assister à une rencontre sportive
franco-israélienne.
Direction
l'Astroballe. L'Asvel, équipe de basket
de Villeurbanne, rencontre le Maccabi Tel-Aviv en match
d'Euroligue (1). La salle villeurbannaise est pleine.
La communauté juive a répondu présent.
Partout, des gosses entourés du drapeau israélien
ou peinturlurés en blanc et bleu. La plupart n'ont
jamais vu un match de basket. « On est là pour
soutenir les Israéliens ! Ils ne viennent pas
souvent chez nous ! » Du côté des
supporters juifs de l'Asvel, l'heure est au tiraillement. « Quel
que soit le résultat, on sera contents ! » Plus
facile de ne pas se mouiller…
Coup
de sifflet. Assis près de moi, un jeune ado
juif se laisse emporter par l'ivresse du match. Se lève,
se rassoit, applaudit, peste contre l'arbitre. Ce garçon
est un spécimen rare : il est juif… et pour
l'Asvel. Sans tiraillement ni dilemme. « J'ai toujours
supporté mon équipe ! Et ce n'est pas parce
qu'elle joue contre Tel-Aviv que je vais la lâcher. » Logique
implacable. Ni géopolitique, ni sionisme, ni sentiments… du
sport, rien que du sport. « Le Maccabi est champion
d'Europe. Pour que l'Asvel gagne, il faut vraiment les
encourager ! » De temps en temps, il cherche l'approbation
de son père, qui applaudit les deux équipes
: une main juive, l'autre villeurbannaise.
Lancer franc pour le Maccabi. Les sifflets des supporters
verts vont crescendo. « Tu ne siffles pas, toi
? », je lui demande. « Ben non… Je
vais quand même pas siffler Israël »,
répond-il, tout en retenue. 4e quart-temps. Après
avoir mené tout le match, l'Asvel se fait surprendre
par la ténacité du Maccabi.
72-69.
Nouveau lancer franc israélien. « Houuu,
Houuuuuuuuu », siffle le jeune garçon. « Là,
j'étais obligé ! Ils sont en train de se
faire remonter. » Un coup d'œil à son
père et à son frangin, qui désapprouvent.
Il justifie : « Après tout, je suis villeurbannais. »
La phrase est simple. « Je suis villeurbannais. » Quand
certains mettront toute une vie à trouver le tiercé dans
l'ordre de leur identité, lui n'aura mis que quelques
minutes. Le temps d'un match. Pour lui, pas d'amalgame
possible. La solution est peut-être là,
dans cette réponse. « Toi qui est juif,
comment justifies-tu la politique de Sharon ? » « Je
suis villeurbannais. » « Toi qui est juif,
peux-tu m'expliquer pourquoi vous colonisez la Palestine
? » « Je suis villeurbannais. » « Toi
qui est juif, dis moi pourquoi vous construisez un mur
? » « Je suis villeurbannais.»
Coup
de sifflet final. Le Maccabi l'emporte. Standing ovation
pour l'équipe israélienne. En sortant,
notre jeune supporter se fait alpaguer par des potes
de colo : « Toi, t'étais pour l'Asvel !
T'es un traître ! » « Je ne suis pas
un traître. Je suis villeurbannais.»
Yoanna Sultan
yoannasultan@yahoo.fr
(1) le 18 novembre dernier
EN BREF ...
Rupture
«
J'ai collaboré au Mrap durant des décennies,
je me sépare de lui avec tristesse à cause
de ses actuelles dérives ; l'antiracisme et la
tolérance ne doivent pas amener à la complaisance,
sinon à la complicité avec des mouvements
et des personnalités rétrogrades et xénophobes » Déclaration
de l'écrivain Albert Memmi.
.
Rachi
Un timbre à l'effigie de Rachi, célèbre
rabbin français, devrait voir le jour. L'Hôtel
des Monnaies et des Médailles de Paris doit le
présenter officiellement le 16 janvier. Le même
jour, une autre cérémonie aura lieu à l'Hôtel
de ville de Troyes, la ville dont Rachi était
originaire. Cette opération s'inscrit dans le
cadre du 900ème anniversaire de la mort du célèbre
commentateur. Sous l'égide du Consistoire central,
un comité Rachi 2005 travaille à l'organisation
de conférences, d'activités en milieu scolaire
ou encore à des publications.
TF1
Robert Namias, patron de l'info de la chaîne privé,
affirme que « ce sera pour Patrick Poivre d'Arvor
un de ses JT les plus difficiles à présenter ».
Le 27 janvier, PPDA sera en direct d'Auschwitz pour commémorer
le 60ème anniversaire de la libération
du camp.